Journal #6 : Trouver sa voir d’expatriée

Trouver sa voie d'expatriée

Adeline Verdier-Velten m’a proposé de contribuer à LA GAZETTE de The Musettes, et j’en suis très heureuse ! Elle a publié mon article intitulé «Trouver sa voie d’expatriée», que je partage ci dessous, après la présentation du concept de « The Musettes ».

Créé en Janvier 2018, c’est un projet qui valorise les conjoints suiveurs qui ont dû réinventer leur sphère familiale et leurs habitudes dans un nouveau pays, sans nier leurs aspirations professionnelles et devenir ainsi des expatpreneur.e.s engagé.e.s et passionné.e.s.

Adeline connaît bien son sujet puisque cette restauratrice de tableaux installée à Paris, a dû revoir son projet professionnel à la suite d’un déménagement aux Pays-bas.


Avec “The Musettes” les expats entrepreneurs témoignent de leur nouvelle vie : pourquoi et comment elles (ils) ont créé leur activité professionnelle nomade, leurs démarches, leurs difficultés, leurs succès…le tout, dans un nouvel univers. Le projet de The Musettes, est de mettre en lumière ces femmes et ces hommes, qui se jetant à l’eau, développent leur projet.


4 objectifs:
– S’informer à travers les visons des expatpreneurs. Lire leur histoire de vie, savoir comment ils ont fait pour se lancer dans l’entrepreneuriat à l’étranger
– S’inspirer, en écoutant leur parcours
– S’entraider grâce à une communauté bienveillante , soudée
– S’offrir une visibilité “all over the world”

The Musettes

Mon article :

« Je crois que chaque expatriation est personnelle, et que, comme dans toute situation, il est bon de s’inspirer de ce qui nous fait avancer, plutôt que de se morfondre de ce que nous jalousons. J’essaie d’appliquer cette pensée, mais… « faites ce que je dis, pas ce que je fais »… J’ai toujours été dans la comparaison, jusqu’à ne plus savoir qui je suis et ce que je veux. Et c’est encore pire depuis que je me suis expatriée au Danemark en deux temps, trois mouvements pour suivre mon mari. Comme notre projet initial à Boston n’a pas pu se réaliser à cause de la fermeture des frontières, quand mon mari a eu la possibilité de travailler au Danemark, je n’ai pas réfléchi. Nous étions séparés depuis six mois, notre appartement était vendu, j’étais géographiquement baladée à droite et à gauche pour mon travail, alors oui, bien sûr qu’il fallait concrétiser notre projet d’expatriation même si c’était ailleurs que prévu. Sauf que quand je suis descendue du train à la gare d’Horsens, une petite ville du Jutland à 2h30 de Copenhague, j’ai eu la gorge serrée. « Comment vais-je trouver du travail ? » a été ma première pensée angoissante alors que j’avais encore 1 mois de congés payés. Passées les premières semaines d’installation et de démarches administratives, j’ai commencé à postuler à droite et à gauche, à suivre des webinaires pour mieux appréhender le marché du travail danois, à aller au Job Center et à liker des posts LinkedIn sans vraiment les lire.

Être épouse « suiveuse » ou plutôt conjointe accompagnatrice dans un pays dont on ne maîtrise ni la langue ni la culture, en pleine pandémie, et sans identité professionnelle fixe, ça donne du fil à retordre.

Je voulais plein de choses en même temps :

  • Faire une pause : mais j’étais trop agitée et angoissée dès que j’avais 30 minutes de temps libre dans mon agenda. Et à 28 ans, qui a besoin de faire une pause ?
  • Développer mon projet de blog : leslienys.com. J’ai créé ce blog pour partager des portraits de personnes inspirantes que je rencontre ici au Danemark. J’y parle aussi des lieux que je visite, de la culture danoise et de mes humeurs d’expatriée. J’adore écrire ces articles et rencontrer ces personnes qui me raconte leurs parcours de vie. Mais financièrement, ça mène où ?
  • Trouver un travail « normal ». Mais mon ventre se tordait quand j’entendais « vous ne parlez pas danois », « on a déjà licencié à cause du Covid19 », « vous êtes trop diplômée », « vous n’avez pas assez d’expérience dans ce domaine » … Et j’ai cru très fort à deux postes, mettant toute mon énergie dans les étapes de recrutement, jusqu’à ce qu’on me dise que j’étais géniale mais qu’ils avaient choisi quelqu’un d’autre. Et là mentalement, c’est dur.
  • Faire des « petits boulots » : de la mise en rayon dans un supermarché, du ménage, du babysitting, histoire de gagner un peu d’argent. Ce que m’a fortement déconseillé Anette, ma conseillère du Job Center. J’ai tout de même accepté quelques heures de ménage dans un salon de coiffure. Psychologiquement ça m’a fait du bien, et j’avais de l’argent de poche pour être un minimum indépendante.
  • Monter mon auto-entreprise. J’ai récemment lu un article disant que chercher du travail au Danemark quand on est étranger, c’est comme être chercheur d’or et que l’entrepreneuriat était de plus en plus utilisé par les expatriés. Oui, mais monter une entreprise dans quoi ? J’avais l’idée d’utiliser ma carte de guide conférencière pour proposer des visites guidées en français. Mais non, réveille-toi ! Il n’y a pas de voyageurs francophones, nous sommes en pleine pandémie ! J’ai donc mis cette idée mise de côté. Alors pourquoi pas professeur de français ? Là, je me suis confrontée à des écoles ne souhaitant que des personnes expliquant la grammaire française en danois ou qui requiert des diplômes spécifiques dans l’éducation… De la traduction ? Oui mais quelle montagne de travail pour prospecter une clientèle. Vendre mes aquarelles ? Oui mais qu’ont-elles de si originales ?

Et c’est là que je me suis comparée à tous ces expat’preneures. Je me disais oui mais elle, elle avait déjà un parcours de freelance donc c’est plus facile, et elle, son mari a un poste qui rémunère bien donc financièrement il n’y a pas de pression. Elle, elle a des enfants, et lui, il a sacrément confiance en lui, contrairement à moi.

Beaucoup de pensées paralysantes. Alors que derrière tous mes raccourcis, chacun a son contexte et ses difficultés. J’en ai été consciente en lisant les articles de The Musettes, https://themusettes.com/ sur des conjoints suiveurs qui ont dû réinventer leur sphère familiale et leurs habitudes dans un nouveau pays, sans nier leurs aspirations professionnelles en devenant des « expatpreneur.e.s engagé.e.s et passionné.e.s. ». Ces témoignages parlent de leurs nouvelles vies : « pourquoi et comment elles (ils) ont créé leur activité professionnelle “sac à dos”, leurs démarches, leurs difficultés, leurs succès…le tout, dans un nouvel univers professionnel et géographique. »

Des parcours tous aussi inspirants les uns des autres, comme Alice et son art de la fugue italienne, Julie en Espagne, qui a créé L’Envers, une marque de mode éthique et durable ou encore Laurie et son Atelier Aliénor qui a exporté nos traditionnelles espadrilles à Houston, aux Etats-Unis.

Ce que j’ai compris c’est qu’il faut bien sûr avoir de belles idées commercialisables, y consacrer du temps, du mental, de l’énergie et avoir du culot pour y arriver. Il faut aussi être entouré et se faire accompagner. 

Je sais aujourd’hui que j’en ai très envie mais je ne suis pas encore mûre. Je ne laisse pas assez de place dans mon esprit pour libérer l’énergie créatrice nécessaire au développement d’une auto-entreprise à temps plein. Je suis encore conditionnée par le schéma sociétal : 29 ans, intégrer une entreprise, avoir une mutuelle et cotiser pour la retraite. J’ai pourtant réussi à avoir trois élèves de français en ligne via une entreprise basée en Grèce. Je suis payée une misère mais j’adore créer les supports de cours. Et grâce à ce contrat, j’ai franchi l’étape d’enregistrer mon autoentreprise auprès des autorités danoises (ce qui est très facile).

Aussi, j’ai poussé les portes d’une épicerie et d’un salon de thé à Horsens pour vendre des cartes postales de Noël à l’aquarelle. Certes, je doute d’en avoir vendu plus d’une trentaine, surtout depuis la fermeture des boutiques du fait du nouveau confinement danois, mais c’est un début ! J’envisage de créer une boutique Etsy, mais les frais de port danois me rebutent un peu. J’accepte toutefois des commandes via mon Instagram https://www.instagram.com/leslienys/

Aujourd’hui j’ai eu la chance de trouver un emploi au Danemark après « seulement » 3 mois de recherche. Je travaille pour TRENDHIM, une boutique en ligne d’accessoires pour hommes avec le slogan « Tell your story ». Des montres, cravates, sacs en cuir, bracelets, bagues, lunettes de soleil… Les racines scandinaves se ressentent dans les collections créées par nos designers, avec l’envie d’aider chaque homme à raconter sa propre histoire. Mon rôle est de renforcer le service client et de développer le marché français.

Je ne vais pas faire ici le résumé de ce périple, entre lettres de candidatures, entretiens tests de personnalité, tests de QI, références, et avoir été tiraillée entre deux possibilités d’embauche, en ayant peur de choisir la « mauvaise » entreprise. Je peux juste vous dire que j’en ai été malade d’angoisse. Toutes ces possibilités mais aussi toutes ces barrières qui tourbillonnaient dans ma tête d’expatriée.

Alors pour trouver sa voie d’expatriée, il faut bien sûr sonder toutes les possibilités qui s’offrent à vous en fonction du pays, de votre parcours, de votre situation personnelle, de vos envies. Contacter beaucoup de personnes pour remuer ciel et terre et se faire connaître. Puiser de l’énergie en vous pour s’atteler à toutes ces tâches et faire quelques pauses pour se reconcentrer et éviter de s’éparpiller. Savoir se reposer et profiter de son nouveau pays d’accueil. Et à un moment, laisser venir… Et même s’il y a beaucoup d’incertitudes et de peur dans tous les scénarios, je dirai que la vie est ainsi. Soyez tendre avec vous-même.

Bon courage à celles et ceux qui se retrouvent dans cette situation. Je vous envoie tout mon soutien !

Et au plaisir de vous rencontrer sur mon instagram où je partage mes articles de blog et quelques créations à l’aquarelle   https://www.instagram.com/leslienys/?hl=fr

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