Portrait #5 – Helge, Mærsk et la loi de Jante

Helge

-English below-

Je crois que j’ai tout de suite apprécié la compagnie d’Helge. Nous nous sommes rencontrés lors de l’événement Nyt & Hyg au café GRUS. Nous y étions allés avec mon mari car l’événement était destiné aux nouveaux arrivants de la ville d’Horsens. Ny = nouveau , Hyg = amusement (Hygge). Nous y avons rencontré 3 danois : Elna, Karen et Helge, avec qui avons échangé un petit moment, repartant chacun de notre côté avec nos coordonnées respectives. La semaine suivante, je me retrouvais attablée chez Helge, buvant un café au lait et dégustant une tarte aux fraises et à la pâte d’amande.

Il m’avait invité avec une de ses amies au français quasi parfait, Connie. Après lui avoir exposé mon projet de blog et l’avoir rassuré sur le fait que je n’allais pas le filmer pour en faire une star de télévision, il s’est « prêté au jeu » et m’as raconté les grandes lignes de sa vie, du haut de ses 78 ans.

De sa voix apaisante pleine de sagesse et de vivacité d’esprit, il m’a fait voyager au Pérou, au Venezuela, en Colombie, et j’ai découvert certaines facettes de la mentalité danoise.

Né à Horsens en 1942, la même année que mes grands-parents, il est devenu apprenti dans le monde du transport maritime tout à fait par hasard, après son service militaire et une école de commerce à Londres. Il est ensuite parti vivre à Séville durant trois années où il a apprit l’espagnol et surtout la mentalité latine. C’est ça qui lui a donné la possibilité de sortir du lot et d’avoir son premier poste en Amérique du Sud. Il y est resté 30 ans.

Il a travaillé pour de grands armateurs notamment pour le groupe Mærsk et a envoyé des milliers de containers à travers le monde, la plupart remplis de marchandises en provenance de la Chine. « J’ai participé à la globalisation, je suis désolé pour ça » dit-il d’un ton rieur et désolé. Il avoue que pendant un temps c’était une bonne chose de permettre à de faibles revenus de consommer des produits moins chers, mais maintenant c’est malheureusement hors de contrôle, avec la Chine qui est devenue un monstre dangereux.

Il me dit avoir eu une belle vie avec son épouse et je sens dans sa voix beaucoup d’amour mêlé à de la tristesse. Je lui demande de me raconter leur rencontre. « C’est très romantique » me dit-il en souriant.

C’était au Pérou, sur une plage, un samedi ensoleillé. Trois jeunes filles jouaient au badminton. L’ une d’entre elle était secrétaire dans l’entreprise d’Helge et lui a proposé de se joindre à elles. Parmi ses copines il y avait une Lilia pas très bavarde. Lilia avec qui il s’est marié 6 mois plus tard. Ils se sont même mariés deux fois, car sa mère à lui n’avait pas pu faire le déplacement jusqu’au Pérou (elle avait un bras dans le plâtre). Ils ont donc fait un deuxième mariage au Danemark et cela leur a plutôt bien réussi.

Helge se lève et revient avec un portrait photo de sa femme, une magnifique péruvienne aux longs cheveux épais et au grand sourire. J’étais émue entre la beauté de leur histoire d’amour et le chagrin de savoir qu’elle était décédée à 52 ans, d’un cœur fragile. Quelques temps avant son décès, Helge avait planifié une opération dans une clinique de l’Ohio. Mais Lilia a eu une attaque cardiaque qui a rendu impossible cette intervention chirurgicale, et elle est décédée. J’ai eu une montée de larmes que j’ai refoulé tellement ça m’a rendu triste de ne plus la savoir auprès de lui.

Ils n’ont pas eu d’enfant par choix, du fait de la fragilité de Lilia et de leur souhait de profiter d’une vie à deux. Ils ont beaucoup voyagé et adoraient aller au Metropolitan Opera de New York. Pendant la carrière et les déplacements professionnels d’Helge, Lilia a été bénévole dans des associations caritatives. Quand ils habitaient à Caracas, elle vendait des œuvres d’artistes locaux dans une galerie d’art, et versait l’argent de ces ventes dans des projets d’éducation pour les enfants vénézuéliens. Ça fait du bien de savoir que des personnes donnent gratuitement de leur temps pour une cause plus grande que soi-même, et ça donne l’exemple à suivre.

Quand j’ai demandé à Helge ce qui l’inspirait dans la vie, il m’a répondu « ma femme ». Sa chance de l’avoir à ses côtés, l’engagement d’être un époux. Pour lui, elle l’a rendu meilleur. D’un danois provincial « limité » à un citoyen international curieux. Ce sont ses mots à lui !

L’ Amérique du Sud ne lui manque pas. Il y est parti peu de temps après le décès de Lilia. Il a senti qu’il en avait fini avec cette phase de sa vie, même s’il regrette la culture latine. Il a choisi de revenir à Horsens où il se sent chez lui, proche de sa sœur, de son frère et de ses nièces qu’il adore. De toutes ses affaires d’Amérique du Sud rapportées avec lui dans des containers, il en reste très peu. Il me montre une commode en bois massif, quelques cadres du Pérou et un tapis du Venezuela. Il a donné la plus grande partie de ses meubles à des œuvres caritatives.

Nous avons aussi parlé du Danemark, ce qui a agrandit mes connaissances sur mon nouveau pays.

Les 3 choses qu’il apprécie le plus au Danemark :

  • Le sentiment d’appartenance. Appartenir à son pays, être auprès des siens sans crainte de malentendu ou d’incompréhension.
  • Le Hygge, qu’on ne traduit pas vraiment en français. On utilise le mot « amusement » mais pour moi cela ne fait pas ressortir le doux sentiment de bien-être qui y est associé. C’est tout simplement être avec des personnes qu’on apprécie, laisser tomber ses défenses, et bien sûr… allumer quelques bougies.
  • Le sentiment de sécurité. On se sent vraiment dans un environnement sain.

Les 3 choses qu’il aime le moins au Danemark :

  • La météo. C’est la réponse numéro une à chaque fois que je pose cette question !
  • L’autosuffisance des Danois. Pas dans le sens autocentré mais plutôt le fait qu’ils se suffisent à eux-mêmes, qu’ils s’enferment dans leur cocon, leurs habitudes, ce qui ne leur donne pas l’énergie de s’ouvrir aux autres.
  • La loi de jante. Etrangement je pensais que c’était à ranger du côté des points positifs. Mais pour Helge et Connie, ce code de conduite informel est plutôt négatif. C’est une loi qui n’a aucune valeur juridique mais qui flotte dans l’air de manière informelle. Pour eux, c’est dommage parce que c’est un contrôle social qui empêche les danois de se réjouir de leur situation, de montrer leur plus-value, de se mettre en avant, alors que ça peut faire du bien !

Pour en savoir plus sur la « loi de Jante » (Janteloven) j’ai tout simplement fait des recherches sur internet. C’est à dire sur Wikipédia. Il s’agit d’un code de conduite fictif créé par l’écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose. qui formule dans un roman daté de 1933, les règles qui, selon lui, régissaient sa petite ville natale du Jutland.

  • Du skal ikke tro du er noget ! – Tu ne dois pas croire que tu es quelqu’un de spécial !
  • Du skal ikke tro du er lige meget som os ! – Tu ne dois pas croire que tu vaux autant que nous !
  • Du skal ikke tro du er kloger en os ! – Tu ne dois pas croire que tu es plus intelligent que nous !
  • Du skal ikke innbille dig at du er bedre en os ! – Tu ne dois pas t’imaginer que tu es meilleur que nous !
  • Du skal ikke tro du ved mere en os ! – Tu ne dois pas croire que tu sais mieux que nous !
  • Du skal ikke tro du er mere en os ! – Tu ne dois pas croire que tu es plus que nous !
  • Du skal ikke tro at du duger til noget ! – Tu ne dois pas croire que tu es capable de quoi que ce soit !
  • Du skal ikke grine af os ! – Tu ne dois pas rire de nous !
  • Du skal ikke tro at nogen kan lide dig ! – Tu ne dois pas croire que quelqu’un puisse t’apprécier !
  • Du skal ikke tro du kan lære os noget ! – Tu ne dois pas croire que tu peux nous apprendre quelque chose !

C’est incroyable non ? A méditer, qui est pour, qui est contre. Ou un peu des deux.

J’ai passé un agréable après-midi avec Helge et Connie. C’était un beau moment de partage.

J’ai hâte de suivre Helge lors d’une visite d’Horsens, il m’a promis de nous montrer ses endroits préférés et de nous apporter quelques anecdotes historiques (spoiler : les Vikings !).

Helge
Helge
Connie
Connie

I think I immediately enjoyed Helge’s company. We met at the Nyt & Hyg event at the GRUS cafe. We had been there with my husband as the event was aimed at newcomers to the town of Horsens. Ny = new, Hyg = fun (Hygge). We met 3 Danes there: Elna, Karen and Helge, with whom we spoke for a little while, each leaving on our own with our respective coordinates. The following week, I found myself at a table at Helge’s, drinking a café au lait and tasting a strawberry and marzipan pie.
He had invited me with one of his almost perfect French friends, Connie. After exposing my blog project to him and reassuring him that I was not going to film him to make him a television star, he « lent himself to the game » and told me the main points of his life, from the height of his 78 years.
With his soothing voice full of wisdom and quick-wittedness, he took me to Peru, Venezuela, Colombia, and I discovered certain facets of the Danish mentality.
Born in Horsens in 1942, the same year as my grandparents, he became an apprentice in the world of maritime transport quite by accident, after his military service and business school in London. He then went to live in Seville for three years where he learned Spanish and especially the Latin mentality. That’s what gave him the opportunity to stand out from the crowd and get his first job in South America. He stayed there for 30 years.

He worked for large shipowners, in particular for the Mærsk group, and sent thousands of containers around the world, most of them filled with goods from China. « I took part in globalization, I’m sorry for that » he said in a laughing and sorry tone. He admits that for a time it was good to allow low incomes to consume cheaper products, but now it’s unfortunately out of control, with China becoming a dangerous monster.
He tells me that he had a good life with his wife and I can feel in his voice a lot of love mixed with sadness. I ask him to tell me about their meeting. « It’s very romantic, » he says smiling.
It was in Peru, on a beach, a sunny Saturday. Three young girls were playing badminton. One of them was a secretary in Helge’s company and offered to join them. Among her friends there was a not very talkative Lilia. Lilia with whom he married 6 months later. They even got married twice, because his mother had not been able to make the trip to Peru (she had an arm in a cast). So they had a second marriage in Denmark and it was quite successful for them.
Helge stands up and returns with a portrait photo of his wife, a gorgeous Peruvian with long thick hair and a big smile. I was moved between the beauty of their love story and the grief of knowing that she had passed away at 52, of a fragile heart. Some time before his death, Helge had planned an operation at a clinic in Ohio. But Lilia had a heart attack that made surgery impossible, and she died. I had a rush of tears that I repressed so much that it made me sad not to know anymore about him.
They did not have children by choice, because of Lilia’s fragility and their wish to enjoy a life together. They traveled a lot and loved going to the Metropolitan Opera in New York. During Helge’s career and business trips, Lilia volunteered in charities. When they lived in Caracas, she sold works by local artists in an art gallery, and donated the money from those sales to educational projects for Venezuelan children. It feels good to know that people give their time for free for a cause bigger than yourself, and it sets an example to follow.

They did not have children by choice, because of Lilia’s fragility and their wish to enjoy a life together. They traveled a lot and loved going to the Metropolitan Opera in New York. During Helge’s career and business trips, Lilia volunteered in charities. When they lived in Caracas, she sold works by local artists in an art gallery, and donated the money from those sales to educational projects for Venezuelan children. It feels good to know that people give their time for free for a cause bigger than yourself, and it sets an example to follow.

When I asked Helge what inspired him in life, he said « my wife ». His chance to have him by his side, the commitment to be a husband. For him, she made him better. From a « limited » provincial Danish to a curious international citizen. These are his words!
South America does not miss him. He left there shortly after Lilia died. He felt he was done with this phase of his life, even though he misses the Latin culture. He chose to return to Horsens where he feels at home, close to his sister, his brother and his nieces whom he adores. Of all his belongings from South America brought with him in containers, very little remains. He shows me a solid wood chest of drawers, some frames from Peru and a rug from Venezuela. He donated most of his furniture to charity.
We also talked about Denmark, which broadened my knowledge of my new country.

The 3 things he enjoys most about Denmark:
• The feeling of belonging. Belong to your country, be with your family without fear of misunderstanding or incomprehension.
• Le Hygge, which we don’t really translate into French. We use the word « fun » but for me that doesn’t bring out the sweet feeling of well-being that goes with it. It’s just being with people you like, letting your defenses down, and of course… lighting a few candles.
• The feeling of security. We really feel in a healthy environment.


The 3 things he likes least about Denmark:


• Weather. This is the number one answer every time I ask this question!
• Self-sufficiency of the Danes. Not in the self-centered sense but rather the fact that they are self-sufficient, that they lock themselves in their cocoon, their habits, which does not give them the energy to open up to others.
• The rim law. Strangely, I thought it was on the positive side. But for Helge and Connie, this informal code of conduct is rather negative. It is a law which has no legal force but which floats in the air informally. For them, it’s a shame because it’s a social control that prevents the Danes from rejoicing in their situation, from showing their added value, from putting themselves forward, when that can do good!

To learn more about the Janteloven, I simply did some research on the internet. That is to say on Wikipedia. This is a fictitious code of conduct created by Danish-Norwegian writer Aksel Sandemose. who formulates in a novel dated 1933, the rules which, according to him, governed his small hometown of Jutland.
• Du skal ikke tro du er noget! – You must not believe that you are someone special!
• Du skal ikke tro du er lige meget som os! – You must not believe that you are worth as much as us!
• Er kloger’s skal ikke tro in bone! – You must not believe that you are smarter than us!
• Skal ikke innbille dig and er belly in bone! – You must not imagine that you are better than us!
• Skal ikke tro of the ved mere en os! – You must not believe that you know better than us!
• Skal ikke tro from the first mother in bone! – You must not believe that you are more than us!
• Du skal ikke tro at duger til noget! – You must not believe that you are capable of anything!
• Skal ikke grine af os! – You must not laugh at us!
• Du skal ikke tro at nogen kan lide dig! – You must not believe that someone can like you!
• Skal ikke tro from kan lære os noget! – You must not believe that you can teach us something!


Isn’t it amazing? To meditate, who is for, who is against. Or a bit of both.

I spent a lovely afternoon with Helge and Connie. It was a beautiful moment of sharing.

I can’t wait to follow Helge on a visit to Horsens, he promised to show us his favorite places and bring us some historical anecdotes (spoiler: the Vikings!).

Articles recommandés

1 commentaire

  1. […] Il y a aussi La loi de Jante, le fait de ne pas se vanter, dont je parle dans l’article sur Helge, ici. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Follow Me!