Jørgensens Hotel

Jorgensens Hotel

A Horsens, de jolies bâtisses du 18ème siècle bordent la rue principale appelée Søndergade. Au numéro 17, impossible de passer à côté de l’hôtel sans s’extasier devant sa façade où les mots « Jørgensens Hotel » sont écrits en grosses lettres dorées. La terrasse est accueillante, avec ses larges parasols verts foncés et ses guirlandes de lumières.

Jorgensens Hotel

La première fois que je suis entrée dans l’hôtel, je venais emprunter gratuitement un vélo de l’Office de Tourisme pour me balader jusqu’au parc du Château Boller. Je faisais un peu tâche avec mon jogging et mes baskets au milieu de ses dorures 4 étoiles. Alors, je me suis promis d’y retourner dans une tenue plus adaptée.

J’ai donc contacté l’hôtel, leur parlant de mon souhait d’en savoir plus pour écrire un article sur ce lieu emblématique de la ville. J’ai ainsi été invitée un mardi matin, à une visite ouverte à tous, guidée et commentée par le manager de l’hôtel, Jakob Teislev. Avec moi, un couple habitant à Horsens, obligeant Jakob à jongler entre le danois et l’anglais, et à m’accorder une deuxième entrevue pour compléter ce que je n’avais pas bien assimilé. Malgré la barrière de la langue, j’ai été puissamment séduite par le lieu, autant visuellement que par son histoire. Parce qu’en plus d’être le manager de l’hôtel, Jakob est historien dans l’âme et partage avec charisme les 175 années d’existence de ce Palais. Oui, l’hôtel est aussi connu sous le nom de Palais de Lichtenberg ! Et je trouve que ça lui va bien, même s’il a plus la taille d’un manoir.

Les deux pieds sur le perron en damier, j’ouvre la grande porte en bois qui donne sur une entrée toute en longueur. De chaque côté, de grandes ouvertures qui nous conduisent dans des salons. Celui sur la droite est meublé de canapés en velours vert et bleu et débouche sur une pièce plus petite où une grande table est dressée, prête à accueillir une réunion sous les regards de nombreux hommes. Car il y a de nombreux tableaux d’hommes, dont des portraits miniatures : ce sont les membres du Club des agriculteurs. Mais que font des agriculteurs dans un Palais ?

Jorgensens Hotel
Le Club des agriculteurs

C’est en 1744 que Gerhard de Lichtenberg fait construire le Palais qui va porter son nom. Armateur, marchand, exportateur de céréales vers la Norvège, fabricant (briqueterie, cuivre, papier), il accumule une fortune considérable et achète de plus en plus de domaines. Il devient aussi un important bailleurs de fonds, prêtant de l’argent à des fermiers, reprenant leurs biens s’ils ne pouvaient plus payer leurs dettes. Par fermiers, j’entends ici propriétaires de domaines.  Le club des agriculteurs était constitué de riches propriétaires, se réunissant environ six fois dans l’année autour d’un bon dîner, fumant des cigares. Si vous visitez le salon du Jørgensens Hotel et que vous levez les yeux, peut-être remarquerez-vous un carré de couleur brune. Les artisans qui ont rénové les plafonds et les fresques murales ont volontairement laissé tel quel un carré marron pour laisser une trace de l’ancienne couleur du plafond, bruni par la fumée des cigares.

Salon du Jorgensens Hotel
Salon du Jorgensens Hotel

Nous retournons dans l’entrée pour rejoindre le salon de gauche, où se trouve le bar. On y trouve des petites tables et des chaises plus rudimentaires, dans un décor tel qu’il aurait pu être en 1764, quand Gerhard Lichtenberg décède, laissant veuve sa femme Bodil. Apparemment, Bodil, invitait souvent ses amis à jouer aux cartes et à parier de l’argent dans le fond de cette pièce, qui est aujourd’hui transformée en bar à vin. Et en hommage à cette riche femme du 18ème siècle qui jouait à des jeux d’argent, on peut déguster le cocktail Bodil Summer Dream.

Salon du Jorgensens Hotel
Salon du Jorgensens Hotel

En 1813, plusieurs années après la mort de Bodil, le palais est vendu. Les héritiers Lichtenberg ayant d’autres domaines, ils se désintéressent du numéro 17 de la rue Søndergade qui est racheté par Monsieur Kjeldsen, qui en fait un hôtel. Le lieu est repris en 1843 par Monsieur Jørgensen qui donne son nom de famille à l’hôtel. Jørgensen reste donc encore connu à Horsens, pour l’hôtel mais aussi pour le Théâtre qu’il fait construire en 1945 et qu’il relie à l’hôtel. Et, même si l’hôtel a changé plusieurs fois de mains, quand, en 2019, un concours a été lancé pour demander aux habitants de choisir le nom de l’hôtel qui changeait une nouvelle fois de gestionnaires, la décision a été prise de conserver le nom de Jørgensen Hotel.

Bar du Jorgensens Hotel
Bar du Jorgensens Hotel

Après ce partage historique, nous prenons l’escalier pour visiter les chambres. Splendides ! Dans des archives, il est noté qu’en 1749, quand le roi Frederik V a passé la nuit au palais de Lichtenberg, le lieu était décoré d’une splendeur rarement vue dans un bourg danois : des chaises dorées avec de la soie et du cuir doré, des armoires laquées et incrustées… J’ai l’impression d’être encore en 1749 avec la modernité du 21ème siècle. Tout est parfait, tout est dans le détail, entre réhabilitation du faste d’antan et touches de design moderne (les danois étant très friands des lampes).

Chambre du Jorgensens Hotel
Chambre du Jorgensens Hotel
Chambre du Jorgensens Hotel
Chambre du Jorgensens Hotel

Nous redescendons vers les salles de réunions et la salle de bal pour les grands évènements comme les mariages ou les confirmations qui se célèbrent en grande pompe au Danemark. Le lieu est très chic et j’imagine la beauté des fêtes qui s’y déroulent.

Salle de bal
Salle de bal

Pour ne pas embêter une réunion en cours, nous passons par les cuisines, flambant neuves, et nous atterrissons au sous-sol. Date intéressante : 1887, quand le sous-sol de l’hôtel-palais devient une cave à vin grâce à Ewald Eyde. Aujourd’hui, le sous-sol est devenu le restaurant EYDES, qui sert de la cuisine… française et danoise ! L’ambiance est tamisée, chic sans être trop pompeuse et la carte de vin est de qualité. Nous y avons d’ailleurs dîner pour l’anniversaire de nos 5 ans et c’était délicieux !

EYDES
EYDES
EYDES
EYDES

Jakob nous fait ensuite passer par la cour intérieure, à l’arrière du Théâtre, avant de terminer la boucle par la réception de l’hôtel. Nous échangeons alors sur le propriétaire de l’hôtel, Michael Mortensen, riche entrepreneur local et propriétaire du groupe CASA (construction et gestion immobilière). L’anecdote étant que Michael Mortensen avait travaillé sur un chantier au Jørgensen Hotel quand il était un jeune apprenti. Peut-être est-ce à ce moment-là qu’il a eu un coup de cœur pour le lieu, ce qui lui a fait investir une masse d’argent considérable pour la rénovation de l’hôtel entre 2017 et 2020. Un travail conjointement mené avec la chaîne BYENS HOTEL dont le désir est de créer une nouvelle vie dans des bâtiments emblématiques, qui ont une histoire et du caractère, et de les transformer en lieux de rencontre.

C’est d’ailleurs tout l’enjeu : faire du Jørgensen Hotel un lieu de rencontre pour les habitants d’Horsens, en même temps qu’un hôtel 4 étoiles pour une clientèle d’affaire et de tourisme. Amener les locaux à prendre possession de l’hôtel, ses salons et son restaurant, sans avoir peur de son luxe. Car le Jørgensen Hotel est tout d’abord pour les habitants de la ville. A savoir que l’hôtel ne peut se positionner auprès de clients « politiques » car, au Danemark, les ministres et assimilés ne peuvent séjourner dans des hôtels 4 étoiles, ils doivent sélectionner des hôtels 3 étoiles ou moins. L’hôtel et les restaurant proposent donc des évènements et des tarifs plus accessibles, et j’espère que la réussite sera là, bien sûr pour rembourser les millions de couronnes dépensées dans la rénovation, mais aussi parce que c’est un lieu certes luxueux, mais aussi chaleureux ! Et c’est agréable de pouvoir profiter de la beauté d’un lieu sans être riche. Juste autour d’un verre de vin, d’un déjeuner le dimanche midi, d’une visite guidée ou simplement pour venir chercher un vélo !

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Terrasse
Terrasse

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2 commentaire

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  2. […] quand ils étaient tous les deux réceptionnistes à l’hôtel Jørgensen (sur lequel j’ai écrit un article). Martin connaissait le travail de Malene en tant que costumière et l’a recontacté après une […]

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